Synthèse1) Pourquoi les agrocarburants sont une catastrophe écologique pire que les énergies fossiles
2) Comment les OGM sont devenus la source de production des agrocarburants
3) Les conséquences sociales dramatiques des agrocarburants


1) Pourquoi les agrocarburants sont une catastrophe écologique pire que les énergies fossiles :
(Par Harmut Michel, Allemagne, prix Nobel de chimie en 1988)

Les agrocarburants d’origine végétale ne sont pas une bonne option pour combattre le changement climatique : 
ils n’évitent pas les émissions de CO2 et provoquent la déforestation de l’Amazonie.

Avec les agrocarburants, on n’économise pas les émissions de dioxyde de carbone. Il est évident que nous devons réduire les émissions de dioxyde de carbone si nous voulons freiner ou réduire le réchauffement climatique. Nous devons passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables. Mais, en ce qui concerne la production de CO2, la production et l’utilisation des agrocarburants ne sont pas neutres, parce qu’au moins 50% de toute l’énergie contenue dans les agrocarburants provient de sources fossiles.

Pour produire des agrocarburants comme l’éthanol, il faut investir beaucoup d’énergie sous forme d’engrais, de transport, etc... Il en est de même pour la distillation de l’alcool. Ce qu’on obtient quand le végétal fermente, c’est un peu comme le vin à 10 degrés d’alcool qu’on doit convertir en alcool pur. Il faut pour cela investir presque autant d’énergie que celle qu’il y a dans l’éthanol. Et si on obtient cette énergie des combustibles fossiles, on finit par émettre plus de CO2 que ce qu’on émettrait en utilisant simplement de l’essence pour sa voiture.

Afin de répondre au problème de rendement de l’éthanol, les compagnies de semences développent des variétés de plantes génétiquement modifiés produisant plus d’éthanol.

2) Comment les OGM sont devenus la source de production des agrocarburants :

 Il est possible d’améliorer le très faible rendement de production des agrocarburants. Voici comment : les compagnies de semences produisent des OGM qui augmentent la quantité d’amidon dans les grains et/ou en augmentent la quantité d’enzyme transformant l’amidon en sucre, ce dernier étant par la suite fermenté en éthanol.

D’autres OGM visent la production d’éthanol à partir de cellulose provenant soit de la partie fibreuse (non comestible) de plantes agricoles, soit d’arbres. Ainsi, l’Agence américaine de l’énergie a séquencé le génome du peuplier. Pourquoi le peuplier ? Parce que cet arbre a un génome relativement petit (40 fois plus petit que celui du pin). Ce séquençage va permettre la mise au point de peupliers produisant plus de cellulose et moins de lignine, un composé qui permet aux arbres de se tenir bien droit, mais qui complique la transformation de la cellulose en éthanol.

 Le faible rendement des agrocarburants, avec ou sans OGM, imposera une surface cultivable de plus en plus importante, au détriment des cultures alimentaires des pays du Sud.

La question sociale des agrocarburants devient alors très simple : leurs aliments ou nos carburants ?

3) Les conséquences sociales dramatiques des agrocarburants :

Le marché des agrocarburants repose sur l’expansion des monocultures sur de vastes zones de terres productives contrôlées par des multinationales. Pourtant la sécurité et la souveraineté énergétiques et alimentaires sont des droits inaliénables de tous les peuples.
Si la production d’agrocarburants n’a pour unique objectif que la réduction des coûts de production et de maintenir les modèles actuels de consommation, elle va confisquer de vastes espaces fonciers agricoles et menacer directement la sécurité et la souveraineté alimentaires au niveau mondial et local.

Les agrocarburants favorisent la perte des forêts tropicales en Indonésie, en Malaisie, dans certaines régions d’Afrique et au Brésil.

Au Brésil, on cultive de plus en plus de soja dans la forêt et brûler la forêt pour produire du soja libère une quantité énorme de CO2 dans l’atmosphère. Cette expansion des monocultures s’accompagne d’une concentration des terres, ce qui va encore plus bloquer les processus de redistribution des terres. Les populations rurales ont été constamment expulsées de leurs terres et ont dû migrer vers des zones forestières ou s’installer dans les ghettos à la périphérie des grandes villes. Des centaines de milliers de Brésiliens espèrent recevoir un morceau de terre, unique possibilité pour eux, d’avoir une vie décente. Ces dernières années, il y a eu de nombreux conflits dans plusieurs régions du pays, avec les grandes compagnies agricoles qui freinent les réformes agraires et la juste redistribution des terres.

De manière générale, ce sont toutes les réformes agraires dans les pays du Sud qui sont menacées.

Cela n’empêchent pas des “experts” français d’estimer que 15 à 20 millions d’hectares de surfaces agricoles sont disponibles à l’achat en Amérique du Sud : 

Le fond français Pergam investit au Paraguay où “les centaines d’hectares de maïs et de soja disponibles sont autant de barils dormants de carburant vert du style éthanol dont la demande mondiale devrait exploser dans les années qui viennent”.

Une étude récente de la BNP précise : "Les matières premières agricoles sont des actifs extrêmement peu chers, pour lesquels la demande est en train d’exploser et pour lesquels l’offre s’affaiblira”.

Au Cameroun, le groupe Bolloré - qu’on appelle là-bas le “dernier empereur” - contrôle quelques 40 000 ha de plantations de palmiers à huile, notamment par l’intermédiaire de la société belge Socfinal. Cette dernière exploite 31 000 ha de palmiers à huile au Cameroun, ainsi que d’autres plantations de palmiers à huile en Indonésie et ailleurs en Afrique, totalisant une surface de plus de 140 000 ha.


Cette synthèse est tirée du site :  Les amis de la terre